Ben Arfa fait son mea culpa

Déroutant sur les prés britanniques par ses prises de balle et ses dribbles, Hatem Ben Arfa l’est tout autant dans sa vie privée. A seulement 24 ans, l’ancien Marseillais a accordé un entretien fleuve à nos confrères de L’Equipe pour parler de ses vieux démons entre caractère de cochon, mauvaises influences et problèmes familiaux. Il en profite aussi pour dresser un premier bilan de sa jeune carrière. De quoi désormais envisager un avenir serein avec les Magpies de Newcastle et, pourquoi pas, l’équipe de France de Laurent Blanc ?

C’est assez rare pour le signaler dans le monde aseptisé du ballon rond. Ce lundi, Hatem Ben Arfa s’est livré comme rarement dans les colonnes du quotidienL’Equipe pour évoquer une carrière professionnelle et une vie privée tumultueuses. Loin de toute langue de bois qu’apprécient généralement les pros, l’ancien Lyonnais n’élude rien pour faire sans doute table rase du passé et prouver qu’il a bien changé depuis ses débuts en France et son passage à l’Olympique deMarseille.

Conscient qu’il a bien failli mettre sa carrière en l’air pour, parfois, de simples problèmes de comportement, celui qui a été victime d’une fracture tibia-péroné la saison passée se définit d’abord comme un « enfant terrible » mais qui a, toujours selon ses propres termes, « su évoluer« . Tout du moins, c’est sans doute ce qu’il voudrait que le public retienne, lui qui a connu la starification à un âge précoce en devenant même le héros d’une télé-réalité intitulée « A la Clairefontaine » sur Canal Plus et qui revenait sur la formation des futures vedettes du ballon rond.

« Je foutais le bordel« 

Quand il quitte l’institut pour l’OL en 2002 pour parfaire sa formation, Hatem Ben Arfa est promis à un grand avenir balle aux pieds mais ne change pas un caractère qui lui avait déjà fait défaut. « C’est arrivé partout où je suis passé. A Clairefontaine, à Lyon… Quand j’étais au centre de formation de l’OL, je me suis fait virer de l’école, je me suis embrouillé avec tous les éducateurs, avec le directeur du centre, le gars de la cantine. Je foutais le bordel« , raconte-t-il sans fanfaronner. Pas étonnant dès lors qu’une mauvaise image lui colle à la peau. Entre Rhône et Saône, quand il débute sa carrière pro en 2004, l’actuel Magpie se retrouve même incompris, exclu par les cadres qui ne supportent pas son comportement. Aujourd’hui, le gaucher s’explique et fait même amende honorable. « Avec le recul, je comprends qu’on ait pu me prendre pour quelqu’un sûr de lui. Je dégageais quelque chose de négatif, j’avais de mauvaises énergies« , se justifie-t-il, avant d’ajouter à nos confrères : « Je parlais fort, je voulais toujours participer aux conversations. Je les saoulais sûrement mais moi, je ne m’en apercevais pas. »

Après, il y a eu bien entendu l’épisode OM avec un passage de 2008 à 2010. Sous les ordres d’Eric Gerets, le natif de Clamart ne change pas et refuse même d’entrer en jeu quand son technicien lui demande lors d’un PSG-OM. « Encore une fois, je n’étais pas arrivé à me contrôler« , avoue-t-il comme pour expier ses fautes. Si seul « Domenech » a réussi selon lui à le comprendre parmi ses anciens entraîneurs, Ben Arfa a donc aujourd’hui mûri et accepte tant bien que mal les décisions d’Alan Pardew, le technicien des Magpies qui l’admire pour sa technicité mais qui a encore du mal à lui faire confiance sur toute la durée d’un match. « J’ai toujours de la frustration à ne pas jouer, mais au lieu d’aller au clash avec le coach, comme avant, je laisse tomber car je sais que je serai perdant« , rebondit-il.

« Un système comme dans une secte« 

Impulsif, insoumis et en manque d’amour paternel dans sa prime jeunesse, Hatem Ben Arfa se veut aujourd’hui plus mûr et prêt à affronter les défis qui l’attendent. Et la spiritualité lui a permis de trouver une certaine sérénité et un équilibre. « La spiritualité. Je suis musulman et pratiquant depuis que je suis petit. Je fais des prières dans ma chambre. Mais attention, ma pratique est intime, c’est pour la spiritualité, un peu comme le bouddhisme. Certes, je ne mange pas de porc, mais ça m’arrive de boire de l’alcool et j’aime les filles« , confie-t-il dans les colonnes du quotidien sportif, avant toutefois d’avouer un épisode moins glorieux : « A cette époque (en juillet 2008, ndlr), j’étais mal, à la recherche de bien-être. Je lisais beaucoup d’ouvrage sur le soufisme, de belles choses qui m’attiraient. Et comme Abd al-Malik s’y intéressait, je l’avais contacté. On s’était rencontrés mais très vite je suis rentré là-dedans. [...] C’était un système comme dans une secte. Je faisais partie d’un mouvement avec un chef spirituel, un cheikh. [...] A Oujda (au Maroc, ndlr), quand je suis entré dans la salle de prières, ce maître, il fallait que je lui baise les pieds. C’était obligatoire. Heureusement, ce jour-là, mon ego m’a sauvé. Je ne pouvais accepter ça. [...] Oui, ils m’ont endoctriné à une époque où j’étais très vulnérable. »

Si Ben Arfa se livre aujourd’hui sur ce sujet dans L’Equipe pour, dit-il, « mettre en garde d’autres personnes« , le n°10 des Toons veut surtout se concentrer sur une carrière qu’il a toujours « peur aujourd’hui » de gâcher. Depuis cet entretien accordé après la large victoire des Magpies sur United (3-0, il n’avait pas joué), le Tricolore a néanmoins gagné du temps de jeu avec Newcastle et s’est même fendu d’un but extraordinaire contre Blackburn en FA Cup. De quoi sans doute aspirer à une autre seconde moitié de carrière. Bien plus rose avec Newcastle et, pourquoi pas, l’équipe de France qui cherche toujours un meneur de jeu convaincant pour l’Euro 2012…

source: football.fr / Grégory HANGARD



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